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La figure 2 offre la reconstitution du patron d'une chausse ronde du quinzième siècle. Cette chausse se trouve être à étrier, C'est-à-dire qu'elle se termine en sous-pied, laissant le talon et l'avant-pied à découvert (Voir fig. 3). |
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La verticale étant le
sens du fil, la position oblique de notre patron prouve que la chausse
doit être taillée de biais. On exigeait en effet que les chausses
fussent ainsi, coupées pour qu elles eussent leur maximum d'élasticité.
AB était réuni à A' B.' par une double couture, à fil double, et rabattue, qui se plaçait tout du long de la jambe par derrière. CD, cousu à C' D, formait un sous-pied qu'on appelait étrier ou étriviére. On voit en E la paire d'œillets substituée au nouet des siècles précédents. La figure 3, extraite d'une peinture allemande de 1437, fera clairement comprendre ce qu'on entendait par l'étrier ou l'étrivière d'une chausse. On peut en effet considérer le sous-pied qui termine la chausse représentée dans ce dessin, soit comme un étrier, soit comme une étrivière. Une chausse taillée suivant notre patron (fig. 2) donne exactement au pied qui en est revêtu l'aspect de celui de la figure 3. |
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Lorsque, vers 1340,
les élégants abandonnèrent la robe longue pour adopter le costume court
et étroit, ils ne tardèrent pas à reconnaître que les, chausses tirées
par une seule attache moulaient insuffisamment leurs jambes devenues
visibles. On augmenta donc le nombre des cordons fixés à la doublure
des pourpoints. Ces cordons sont appelés estaches dans les anciens
textes. Sept estaches de 1364, nous ont été heureusement conservées dans le pourpoint de Charles de Blois. Chacune d'elles se compose d'une patte cousue à l'intérieur de la braconnière et donnant naissance à deux cordons tissés circulairement en tuyaux se terminant en pointe. La figure 4 représente une de ces estaches qui atteignent une longueur d'environ vingt-trois centimètres patte comprise. Les chausses qu'on reliait au pourpoint précité ne possédaient pas de nouets. Sept paires d'œillets, correspondant aux sept estaches du vêtement, étaient pratiquées dans l'ourlet de leurs entrées. Les cordons d'attache, après avoir traversé les oeillets des chausses, se nouaient en dehors de celles-ci. Ils sont disposés à l'intérieur de la braconnière du pourpoint de la façon suivante : un par devant sur chaque cuisse, un de chaque côté, un sur chaque rein, et le septième en bas de la ligne médiane du dos, entre les deux précédentes. La présence de cette dernière estache, inexplicable avec des chausses rondes, prouve que les chausses de Charles de Blois étaient déjà du genre de celles, dites chausses à queues au quinzième siècle et dont la vogue durera jusqu'à la fin du moyen âge. |
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Une reconstitution de
chausses à queue du temps de Jeanne d'Arc est donnée par la figure 5. A
B doit être cousu à A' B', puis le sous-pied comme précédemment. On a pu remarquer, dans notre figure 2, que l'entrée de la chausse se trouve taillée suivant une ligne continue formée de deux légères courbes se raccordant en sens inverse. On voit qu'il n'en est pas de même pour la chausse à queue, dont le tour d'entrée se compose de deux lignes concaves accolées, C E et EA', produisant nécessairement deux saillies angulaires, l'une par devant, en E, et l'autre par derrière, en C. Celle-ci se nommera, au quinzième siècle, la queue. Du côté externe C E, le pour- tour de l'entrée s'incurve modérément, tandis que du côté interne, il s'abaisse en courbe E A' suffisamment concave pour ne pas gêner l'entre-jambes. Les différents statuts des Ordonnances royales qui nous ont été conservés appellent de temps à autre l'attention des chaussetiers sur ce dernier point. Il ne fallait pas cependant que cette précaution fût exagérée. Les statuts les plus explicites ordonnent, sous peine d'amende ou de retouche, que la chausse soit d'environ deux doigts plus basse en dedans qu'en dehors de la cuisse. Nos patrons remplissent exactement cette condition. Les deux chausses qu'ils représentent sont à étriers, mais il va sans dire que chacune d'elles aurait pu être munie d'un pied tout en restant ronde ou à queue. Dépourvues de pieds, leur usage nécessitait des souliers fermés plus ou moins montants. Les sculptures d'environ 1230 qui symbolisent l'Hiver et le mois de Février au portail nord de la cathédrale de Chartres nous fournissent les deux plus anciens exemples de chausses à étriers existant à notre connaissance. |
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Une peinture
italienne, d'environ 1450, nous apprend l'existence d'un troisième
genre de chausses vides dedans jambes, tenant à la fois des chausses
rondes et des chausses à queues. Ce genre intermédiaire comprenait des
chausses taillées comme les -chausses à queues, mais privées de ces
appendices, de telle sorte qu'à l'instar des chausses rondes, elles
découvraient complètement le fond des braies que ne voilait pas
toujours la présence d'une chemise. (fig. 8). Le patron, donné par la figure 9, reproduit la jambe droite d'une paire de chausses de cette coupe qui nous parait avoir été spéciale à l'Italie. AB est cousu à A' B'. La ligne CE constitue la partie externe du pourtour de l'entrée, et la courbe EA' la partie interne. On remarquera que la concavité de cette dernière se trouve ici beaucoup plus accentuée que dans les deux chausses dont nous avons donné précédemment les patrons. Cette différence a pour résultat de faire monter la chausse moins haut à l'entre-jambes qu'on ne l'exigeait en France. On voit en outre que la chausse de' notre figure 9 comporte, à son angle postérieur C, une paire d'oeillets, alors que la chausse à queue ne possède, au même angle qu'un seul œillet (fig. 5). La raison en est que les chausses italiennes dont il est question, entièrement indépendantes l'une de l'autre, se reliaient par derrière au gippon au moyen de deux attaches, une pour chaque chausse, tandis qu'une seule attache postérieure réunissait les deux queues d'une paire de chausses à queues |
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Les chausses vides
dedans jambes étaient les seules qu'on pût avaler. On dénommait ainsi
l'opération qui consistait à descendre chaque chausse, après l'avoir
détachée du gippon, en l'enroulant sur elle-même jusqu'au dessous du
genou, où elle formait alors un bourrelet saillant. Pour avaler la
chausse à queue, on la retournait d'abord de façon à en rabattre la
queue sur le jarret. On procédait ensuite à son enroulement. Il en
résultait un dépassement de la queue sous le bourrelet (fig. 10), très
visible dans les miniatures qui nous offrent des exemples de chausses à
queues avalées. Quant à l'avalement de la chausse ronde, il
s'effectuait en enroulant simplement celle-ci depuis le haut de la
cuisse jusque sous le genou, comme l'a montré notre figure 3. La saillie du mollet suffisait à maintenir en place le bourrelet produit par l'enroulement de la chausse avalée. Cependant quelques images nous font voir des chausses de paysans coulissées sous le genou. Un cordon passant dans la coulisse faisait alors l'office de jarretière et rendait ainsi la position du bourrelet tout à fait stable. |
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Avec le port des
vêtements courts, les chausses séparées avaient un inconvénient que le
chroniqueur de Saint-Denis signalait vers 1370 en déplorant la
deshonnesteté des habits inaugurés trente ans auparavant. «
Les uns avoient robes si courtes qu'il ne leur venoient que aux nasches
(fesses), et quand ils se baissoient pour servir un seigneur ils
monstroient leurs braies et ce qui estoit dedens à ceux qui estoient
derrière eux » . Le chevalier de la Tour Landry, qui écrivait
en 1371, fait parler un évêque en termes analogues, mais plus osés, à
propos du costume écourté de ses contemporains. Pour remédier à cette
incorrection, que réprouvait l'austérité des moralistes, il fallait
modifier les chausses ou rallonger les robes. C'est alors qu'on s'avisa
de joindre l'une à l'autre par une couture les deux jambes d'une paire
de chausses à queues. La figure 11 montre le patron d'une jambe droite
de ce nouveau modèle, que du temps de Rabelais on appellera. chausses à
plain fondz, ou chausses foncées, par opposition aux chausses a queues
de merluz qui étaient vides dedans jambes et par conséquent sans fond. Pour exécuter la paire de chausses dont une moitié est ici représentée en coupe, le côté E' G' de la pièce E' F G' est d'abord cousu, dans chaque chausse, à la ligne courbe E G. On ferme ensuite chaque jambe en réunissant A B à A'B'. En dernier lieu, on joint les deux jambes l'une à l'autre en cousant la ligne CAG'F de la jambe droite à la ligne correspondante de la jambe gauche. On voit que la seule différence essentielle existant entre ce patron et celui de la chausse à queue donné par la figure 5 consiste dans l'adjonction de la pièce antérieure E' FG', destinée à réunir les deux jambes par devant en même temps qu'à recouvrir la poche des braies. |
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Toutes les chausses
dont nous présentons, dans ce chapitre, les patrons reconstitués sont
taillées pour une conformation donnée. La coupe de ces vêtements
variait nécessairement selon les individus. Elle devait être établie de
telle sorte que la couture de chaque jambe partageât également par le
milieu la face postérieure du membre, depuis le talon jusqu'en haut de
la cuisse. A partir de cet endroit, elle se dirigeait obliquement vers
la couture qui réunissait les deux chausses sur les reins. Il en fut
ainsi pendant les trois premiers quarts du quinzième siècle. Lorsqu'
ensuite les chausses parvinrent à la taille, la couture de chaque
jambe, au lieu de rejoindre la ligne de réunion des deux chausses, se
prolongea directement jusqu'à la ceinture. La figure 12,explique cette
différence qui exista entre les chausses foncées du moyen âge (A) et
celles de la Renaissance (B). La raison de la disposition des coutures de ces dernières tenait à la nécessité de réduire la ceinture à la mesure de la taille, toujours plus étroite que le tour des hanches, au dessous desquelles s'arrêtaient les chausses du moyen âge. On remarquera en effet, sur notre dessin B, que les coutures de chaque jambe, arrivées dans la région lombaire, côtoient la couture médiane du fond en se rapprochant de plus en plus de celle-ci de façon à diminuer le tour de ceintures. |
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Les coutures,
permettant de discerner l'une ou l'autre de ces deux coupes, se
trouvaient peu apparentes. Il est donc naturel que les artistes, ayant
à représenter des jambes vêtues de chausses à moufles, se soient
dispensés d'indiquer ces coutures qui ne pouvaient se voir que de très
près. Exceptionnellement cependant, un dessin de Pisanello nous montre
une chausse dont les coutures du pied sont visibles (fig. 13). C'est
une chausse à talon et avant-pied rapportés. Nous en retrouvons trois
autres, de coupe identique, sans pieds il est vrai, mais prêtes à
recevoir des talons et des avant-pieds, dans le blason des chaussetiers
de Bruxelles au quinzième siècle. La figure 14 reproduit l'une d'elles. La figure 15 donne la reconstitution d'un patron de chausse à pied, d'après les deux documents précédents. |
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Une semelle ABDC est
cousue au bas de la chausse en A' D' D" B' C', les trois points D D' D"
se trouvant réunis en un seul de façon à produire le profil F. La jambe
se ferme ensuite en cousant ED' a E'D". Les parties teintées du patron
indiquent des pièces de renfort qui doublent le talon et les parties
antérieures de la semelle et de l'avant-pied. Les chausses à moufles étaient généralement munies de semelles de cuir souple. On les disait alors chausses semelées et elles ne comportaient pas de souliers. Les chausses semelées étaient fournies et même souvent taillées par les cordonniers. Certains auteurs en ont conclu qu'elles consistaient en des sortes de bottes molles entièrement faites de cuir. Des nombreuses preuves qui réduisent à néant cette assertion, nous nous contenterons de citer les deux suivantes. En 1352, le cordonnier Martin de Coussi taille, dans 2 aunes d'escarlatte paonnasse de Broixelles et 2 aunes et demie d'un marbré lonc de Broixelles., tirant sur le caignet, à lui fournies par le drapier Jehan Perceval, plusieurs paires de chausses et les semelle pour le roi jean et son frère, le duc Philippe d'Orléans. En 1387, un tailleur, Jehan Des Molins, confectionne vingt-quatre paires de chausses pour messire Philippe de Bar, puis les donne à semeler à un cordonnier. |
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Une miniature d'un
manuscrit de la Bibliothèque royale de Bruxelles, nous livre le secret
de la façon ingénieuse dont les doublures de chausses étaient taillées
à leur extrémité inférieure lorsqu'elles descendaient jusqu'aux mollets
(fig. 17). Au lieu d'être coupé droit, le bas de la doublure se
terminait en cinq -grandes dents, d'environ sept centimètres de
longueur. Cette disposition avait pour avantage de supprimer le relief,
qu'aurait occasionné d'une manière fâcheuse autour de la jambe
l'épaisseur d'une doublure taillée et cousue horizontalement en ligne
droite. Bien que les points de couture retenant à la chausse les cinq dents de la doublure fussent pour ainsi dire invisibles extérieurement ils devinrent parfois, dans la seconde moitié du quinzième siècle, le prétexte d'une décoration originale. On les recouvrait d'un galon produisant autour de la jambe une soutache en zigzag d'un effet assez heureux. Nous n'avons pu découvrir comment s'amortissait la doublure quand elle n'enveloppait que la cuisse. Il est possible qu'elle fût également dentelée au dessus du genou. Toujours est-il que notre figure 6 nous montre coupée droite une doublure ne couvrant que le séant. La figure 18 donne le patron d'une chausse à plain fond, garnie de ses doublures. Celles-ci sont indiquées sur notre dessin par les parties non teintées. |
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La doublure renforçait
la chausse qui avait besoin d'une certaine solidité pour résister à la
tension des attaches. Lorsque les chausses commencèrent à monter vers
la taille, quelques chaussetiers se contentèrent de laisser le haut de
la doublure à son ancien niveau. Il en résultait, entre ce haut de
doublure et celui de la chausse, une zone de drap non doublée, réduite
à sa seule épaisseur, et par suite incapable de supporter sans risques
la tension de l'attache de derrière, particulièrement en jeu dans la
plupart des mouvements de flexion. On remédiait à cet inconvénient au
moyen d'une bande de renfort, appelée liure, reliant intérieurement la
doublure au haut de la chausse. Les oeillets de derrière se trouvaient
alors pratiqués dans l'ourlet des chausses, doublé de l'extrémité des
liures. Il y eut des chausses fourrées, véritables pantoufles montantes, auxquelles on donnait le nom de bottes, ce dernier terme n'ayant jamais désigné au moyen âge les chaussures à hautes tiges des cavaliers, dénommées bottes à partir de la Renaissance. Nous avons vu, en 1364, les seigneurs attacher leurs chausses à leurs pourpoints à l'aide de sept paires de cordons solidement cousues à l'envers de ces derniers vêtements. Vingt ans plus tard, ces cordons sont remplacés au moins chez quelques uns, par des lanières ferrées d'aiguillettes, nécessitant le percement d'autant de paires d'œillets dans la braconnière d'un gippon. D'après un texte des Ordonnances royales, ce fut seulement dans les toutes dernières années du quatorzième siècle que les chaussetiers commencèrent à vendre aux gens du peuple des chausses garnies d'aiguillettes et prêtes d'attacher. |
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Après avoir inégalisé
de longueur les deux cordons de l'aiguillette, à leur sortie des
oeillets du pourpoint, de façon que l'un devint deux fois plus long que
l'autre, on nouait ces deux cordons d'un premier nœud simple, puis d'un
second, où le plus long cordon, alors replié sur lui-même, formait une
boucle (fig. 19). Une seule boucle et deux bouts ferrés pendants, tel est l'aspect qu'offre invariablement le nœud de l'aiguillette dans toutes les anciennes images où il se trouve représenté. Des expériences réitérées nous ont amené à constater que cette opération d'attache des chausses, qui peut paraître compliquée à première vue, devenait rapide avec l'habitude. Pour se déchausser, il fallait d'abord détacher l'aiguillette médiane du devant, puis délacer le gippon. On dénouait ensuite le reste des aiguillettes. Il n'y avait plus alors qu'à se dépouiller des chausses en les retournant de haut en bas, comme on a pu le remarquer sur notre figure 17. Il était impossible d'en dégager ses jambes en s'y prenant autrement. |
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La figure 20 nous
montre un personnage en train d'attacher ses chausses. Bien que
provenant d'une miniature d'environ 1415, cet individu porte un
pourpoint à boutons, muni d'estaches intérieurement, à l'ancienne mode
du quatorzième siècle. On constatera que, suivant la règle indiquée
plus haut, le pourpoint qu'il vient d'endosser est resté déboutonné
afin de lui permettre d'y relier ses chausses. Ferrées ou non, les attaches de ces vêtements ne possédaient pas la propriété d'être élastiques comme nos bretelles. Il en résultait une gêne relative pour certains mouvements de flexion lorsque les chausses étaient liées au gippon par derrière. Cet inconvénient n'existait jamais avec les chausses rondes, dépourvues d'œillets postérieurs; d'où la vogue persistante de ces chausses dans les classes pauvres depuis le douzième siècle jusqu'aux temps modernes. Mais à l'époque qui nous intéresse, quantité de gens du peuple, ouvriers et paysans, avaient délaissé les chausses rondes pour adopter les chausses à queues. C'est pourquoi l'ancienne iconographie nous met souvent en présence de queues de chausses pendantes par derrière sur les cuisses des travailleurs, ceux-ci s'étant trouvés contraints de dénouer l'aiguillette réunissant les deux queues au gippon afin de faciliter la liberté de mouvement exigée par leurs occupations. On conçoit que les bienséances ne pouvaient admettre une pareille tenue chez les personnes d'un certain rang. Il fallait alors que les chausses fussent tirées à la fasson de court, c'est-à-dire aussi bien par derrière que par devant. Cette correction de mise n'allait pas sans incommodité. Au temps de Charles V, trois dames ayant à se plaindre du jeune Bouciquaut, père du célèbre maréchal de ce nom, le firent comparaître devant elles pour le confondre. Confortablement installées sur un comptouer, elles entendirent le faire asseoir par terre à leurs pieds. Bouciquaut protesta. « Puis que je suis venus à vostre mandement, faictes moy mettre des quarreaulx ou un siège à moy seoir; car se je me seoie bas, je pourroye rompre mes estaches, et vous me pourriez mettre sus que ce seroit aultre chose. » Beaucoup plus tard, Rabelais nous dira qu'avec des chausses neuves et un pourpoint court, il est incommode de s'asseoir sur une sellette trop basse. C'est évidemment pour cette raison que tant de chaires et de fauteuils nous sont restés des quinzième et seizième siècles, sensiblement plus hauts de siège que ceux des temps modernes. |
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Les anciens textes
nous apprennent qu'on usait de chausses spéciales pour l'équitation. On
les appelait chausses à chevaucher. Il y avait aussi les chausses à
houser, c'est-à-dire à porter sous des houseaux. Pour empêcher ceux-ci
de descendre sur la jambe, une aiguillette était parfois fixée à la
chausse, assez haut sur le côté externe de chaque cuisse. On nouait
cette aiguillette après l'avoir introduite dans une paire d'œillets
située en haut de chaque houseau. La figure 21, tirée d'une tapisserie
d'environ 1460, qui représente Jules César recevant des ambassadeurs
gaulois, montre une chausse de cette sorte. Le personnage auquel elle
appartient n'est autre que l'écuyer de César. A pied, tenant par la
bride le cheval de son maître, c'est fortuitement qu'il se trouve avoir
des souliers au lieu de houseaux. Dans un tableau du musée d'Augsbourg,
on distingue nettement l'aiguillette d'attache sur un houseau
recouvrant une chausse à houser. Quoique ces deux exemples proviennent
d'époques postérieures à celle de notre héroïne, il nous semble
probable que la disposition qu'ils révèlent devait exister avec les
grands houseaux souples qu'on portait déjà depuis longtemps en 1429. Si
nous ne l'avons pas découverte dans l'iconographie contemporaine de
cette dernière date, cela tient à ce fait qu'avant 1460, les robes
masculines les plus courtes cachaient ordinairement la majeure partie
des cuisses. Lorsqu'on chevauchait sans houseaux, le bas des chausses était préservé du contact des flancs du cheval par une housse d'étoffe ou de cuir qui recouvrait la selle. Des chausses de toile, ou de simples chaussons de même tissu, se mettaient parfois sous les chausses de drap, principalement l'été. Les chaussons se trouvaient être de la dimension de nos chaussettes. |
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Nous donnons, dans la
figure 22, le patron d'une chausse à étrier telle que durent être ces
chausses de Vaucouleurs portées par Jeanne sous ses houseaux pendant
son voyage à Chinon. On y constatera la présence des dix paires
d'œillets pour une chausse soit vingt pour les deux chausses, qui
correspondent aux vingt paires d'œillets du pour- point représenté dans
la figure 16 du chapitre du Gippon. Notre chausse est accompagnée du devant de l'entre-jambes, naturellement différent de celui des chausses masculines. Au lieu d'être composé, comme ce dernier, de deux morceaux formant poche, il consiste tout simplement en une seule pièce triangulaire. Tel est le résumé, aussi bref que possible, de tout ce que nous croyons avoir déterminé de certain sur les chausses du moyen âge. On y pourra remarquer les divergences qui nous séparent des auteurs ayant traité avant nous la même question. Tous ont plus ou moins donné indifféremment au même vêtement de jambes les noms de braies ou de chausses. Nous pensons avoir clairement démontré au chapitre des braies qu'une telle confusion est inadmissible. |